28 Août Défis d’entrepreneur.es #1 – Rebondir après la perte d’un collaborateur clé en pleine mise à l’échelle
Chaque innovation peut être mise à l’épreuve par un défi majeur. Pour Flaura, cuir végétal, cela a été d’affronter la perte d’un collaborateur clé lié à la fabrication de leur innovation, au moment même où l’entreprise commençait l’étape de sa mise à l’échelle.
Pour comprendre l’ampleur de ce défi, il faut revenir à la genèse de l’entreprise.
Créé par Fannie Laroche et Grégory Hersant, Flaura, cuir végétal s’est lancé le pari suivant: et si le cuir de demain était fabriqué à partir de résidus de pommes du Québec ?
Ensemble, ils ont développé un cuir végétal, en remplacement au cuir animal, 100 % biosourcée et sans plastiques, conçu pour répondre aux besoins des designers en quête de matériaux éthiques et performants.
La formule développée étant complexe, chaque étape du développement est déterminante pour aboutir à un produit prêt à être commercialisé.
Or, c’est précisément dans ce processus qu’est survenu l’imprévu: le départ d’un acteur clé, détenteur de connaissances critiques sur la fabrication.
« C’est arrivé exactement au moment de notre étape charnière de la mise à l’échelle. L’objectif était de développer des rouleaux plus larges pour la commercialisation. Or, cette personne était la seule à connaître toutes les étapes de fabrication », explique Grégory Hersant.
Le défi : préserver un savoir-faire stratégique
Ce collaborateur était un employé mis à disposition par un partenaire et que l’entreprise a pu financer grâce à l’obtention d’une bourse du programme Science impact d’Esplanade Québec et du Fonds de Recherche du Québec.
Élément clef de l’équipe, il maîtrisait chaque étape de fabrication et accompagnait Flaura en usine pour réaliser les tests. Son départ a déclenché une course contre la montre. Il fallait se réapproprier ces connaissances à l’interne en seulement trois semaines.
Grégory a alors mis en pause toutes ses autres missions pour absorber un maximum de connaissances techniques et les documenter de manière précise.
Au total, cet imprévu aura entraîné près de trois mois de retard dans le développement de leur produit.
De plus, dans le domaine de l’innovation, chaque retard comporte un risque stratégique, particulièrement en matière de propriété intellectuelle.
« Chaque mois de retard, c’est une fenêtre pour qu’un concurrent dépose un brevet similaire », souligne-t-il.
S’y ajoutait un risque financier majeur. En matière de brevetage, la fenêtre entre le dépôt et la réponse est d’environ 18 mois.
Si l’étape de la commercialisation n’est pas franchie au moment où le brevet est approuvé, l’entreprise doit tout de même assumer des frais de brevetage pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars (frais légaux, taxes dans chaque pays où la protection est demandée, etc.), sans pouvoir les compenser par des revenus de vente.
La solution : documenter, rapatrier, accélérer
Face à cette situation, l’équipe a mis en place une stratégie de transfert de connaissances efficace:
Documentation exhaustive du procédé de fabrication, étape par étape.
Présence renforcée sur le terrain : « J’étais sur place à chaque essai, pour comprendre non seulement la méthode, mais aussi le fonctionnement des équipements », explique le cofondateur.
Rapatriement de toutes les connaissances en interne afin de sécuriser le savoir-faire et d’en assurer la maîtrise au sein de l’équipe.
Conseil d’entrepreneur : planifier l’imprévu et connaître son processus de fabrication
De cette expérience, Grégory Hersant retient qu’en innovation, chaque obstacle est aussi une occasion d’apprentissage.
« Ce ne sont pas des échecs, ce sont des leviers. On devient plus outillé·e à chaque ajustement », affirme-t-il.
Pour lui, il est essentiel d’avoir, en interne, une personne capable de comprendre en profondeur les procédés et de challenger les partenaires sur le plan technique.
Les rapports officiels des centres de recherche ne contiennent pas toujours les micro-détails qui, pourtant, sont déterminants pour reproduire le procédé avec succès.
« Il faut voir les équipements fonctionner, suivre toutes les étapes, comprendre les subtilités », insiste Grégory.
Il conseille aussi de toujours valider, dès le départ, la stabilité des équipes partenaires et d’ajouter un tiers de temps supplémentaire à son échéancier.
En R&D, on veut aller vite, mais les partenaires ont plusieurs projets en même temps, les cycles de financement et les imprévus techniques imposent de composer avec des délais.
« Un changement de personnel, ça arrive plus vite qu’on le pense. Le plus important, c’est de rester en mode solution », conclut-il.
Aujourd’hui
Flaura Cuir Végétal est en voie de conclure sa phase de développement pour amorcer celle de la commercialisation et ce, dans la fenêtre stratégique des 18 mois de validation du brevet.
Le produit, en cours de présentation à l’international, suscite un réel intérêt de la part de client.es potentiel.les.
En définitive, les défis rencontrés auront permis de consolider les fondations du projet et de préparer une mise en marché que l’on ne peut que leur souhaiter prometteuse.



