
09 Sep Défis d’entrepreneur.e.s #9 – Rester à la fine pointe quand on est un OBNL tech
Développer et maintenir une solution technologique dans un environnement numérique en constante évolution représente un défi de taille.
Lorsqu’on s’adresse aux jeunes, parmi les premier.e.s à adopter de nouveaux comportements numériques et à délaisser ce qui leur semble dépassé, cette pression devient plus forte encore.
Et lorsqu’on est un OBNL, elle devient carrément vertigineuse : mêmes exigences que le privé, mais sans les mêmes ressources.
Un défi d’autant plus central lorsque la technologie n’est pas un simple outil de soutien, mais qu’elle se trouve au cœur même de la mission et du service offert.
À l’origine du projet
Academos a été fondée en 2000.
Grâce à son application, l’organisme connecte les jeunes de 14 à 30 ans avec des milliers de professionnel.le.s pour les aider à découvrir le monde du travail, à trouver un projet professionnel stimulant et à persévérer dans leurs études.
Au fil des années, cette mission a évolué à travers différentes plateformes numériques, jusqu’à mener au développement d’une application de mentorat virtuel devenue aujourd’hui un élément central de son offre de services.
«Les jeunes n’accepteront pas qu’une application soit désuète sous prétexte qu’il s’agit d’un OBNL», résume Catherine Légaré, fondatrice d’Academos.
Le défi : évoluer au rythme des transformations numériques malgré des ressources limitées
«Academos vit les mêmes réalités qu’une entreprise technologique privée», explique Catherine.
L’organisation se décrit d’ailleurs comme une « PME à but non lucratif » : elle doit s’adapter à l’évolution rapide des usages numériques, gérer les enjeux de cybersécurité, intégrer les nouvelles innovations et recruter des talents technologiques.
Et ce, tout en répondant à des exigences élevées de sécurité et de modération, puisqu’une grande partie des jeunes accompagné.e.s sont mineur.e.s et échangent directement avec des adultes mentor.e.s.
Mais contrairement aux startups technologiques, les OBNL n’ont tout simplement pas accès au capital de risque ni aux prêts institutionnels classiques, car leur forme juridique les en exclut d’emblée. Les seuls capitaux privés qu’elles peuvent espérer relèvent de la philanthropie, pas de l’investissement.
Or les financements disponibles sont davantage orientés vers les services offerts aux bénéficiaires que vers le maintien technologique ou l’innovation continue.
Résultat : ne pas investir régulièrement dans sa plateforme, c’est risquer d’accumuler une « dette technologique » qui finit par fragiliser la mission elle-même.
À cela s’ajoutent d’autres obstacles. La transformation numérique est encore trop souvent absente des discussions stratégiques des conseils d’administration.
«En 2026, parler de technologie devrait être aussi normal que parler finances ou ressources humaines», souligne Catherine.
Attirer des profils technologiques compétents reste également difficile, les conditions salariales des OBNL étant rarement compétitives.
La solution : bâtir une culture d’innovation forte
Pour la fondatrice d’Academos, la transformation numérique d’un OBNL ne repose pas uniquement sur des outils technologiques ou des budgets disponibles. Elle réside dans la culture.
«La transformation numérique n'est pas un projet TI. C'est une décision stratégique portée par la direction», affirme-t-elle.
Chez Academos, cela s’est traduit par des changements concrets : la technologie figure désormais à l’ordre du jour de chaque réunion du CA, des membres issu.e.s du milieu technologique siègent au conseil, et un budget annuel est consacré autant au maintien qu’à l’innovation numérique.
La direction générale elle-même est issue du milieu TI, et l’équipe intègre des profils variés (agences, éducation, philanthropie, secteur privé) pour nourrir la capacité d’adaptation de l’organisation.
En parallèle, Academos investit dans la littératie numérique de ses équipes.
L’organisation participe aussi régulièrement à des événements et ateliers destinés aux startups et entreprises privées, une façon assumée de sortir de son silo et d’anticiper les tendances.
Au cœur de cette démarche : une culture d’expérimentation.
Lorsqu’une nouvelle technologie émerge, Catherine cherche d’abord à la comprendre, à l’explorer et à identifier les opportunités qu’elle pourrait représenter pour l’organisation – une mentalité d’entrepreneure assumée.
Enfin, face aux contraintes de financement, la créativité prend le relais : collaborations pro bono, soutien de fondations privées, événement-bénéfice annuel.
Ces initiatives permettent de financer l’innovation, mais aussi de renforcer les partenariats, d’augmenter la visibilité de l’organisation et d’ouvrir l’accès à de nouveaux réseaux.
Conseil d’entrepreneure : intégrer la technologie aux réflexions stratégiques le plus tôt possible
Cette expérience entrepreneuriale a forgé chez Catherine Légaré une conviction forte : les OBNL ne peuvent plus considérer la technologie comme un enjeu secondaire ou uniquement technique.
Elles gagnent à intégrer les enjeux numériques à leurs réflexions stratégiques, à leur gouvernance et à leur culture organisationnelle, dès le début.
«La technologie n’est pas un luxe pour les OBNL. C’est un levier stratégique essentiel à leur mission», rappelle-t-elle.
Pour elle, la transformation numérique ne commence pas par de grands investissements, mais plutôt par de la curiosité, de la veille et la volonté d’apprendre.
Elle encourage les dirigeant.e.s à sortir de leur silo, à participer à des événements à l’extérieur du milieu communautaire et à s’entourer de personnes capables de nourrir leurs réflexions et de challenger leurs façons de faire.
Enfin, plutôt que de chercher à tout transformer d’un seul coup, elle recommande de miser sur des gains rapides et concrets : optimiser un processus précis, tester un nouvel outil, mesurer les résultats, puis avancer étape par étape.
Cette approche permet de bâtir progressivement la confiance des équipes et de développer graduellement une culture d’innovation.
Aujourd’hui
Academos poursuit sa transformation numérique avec plusieurs projets en développement, notamment l’intégration de l’intelligence artificielle dans ses services et ses processus afin de mieux accompagner les jeunes et gagner en efficacité.
L’organisation souhaite également développer de nouvelles fonctionnalités destinées aux parents, étendre sa présence dans les communautés francophones hors Québec et poursuivre le recrutement de mentor.e.s bénévoles dans différents secteurs professionnels.
En parallèle, Academos prépare aussi son événement-bénéfice annuel, qui se tiendra le 12 novembre 2026.