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Wastack, analyser les déchets pour mieux recycler - Esplanade Québec
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Portrait d’impact: Wastack, analyser les déchets pour mieux recycler

Julien Chosson et son associé Mathieu Hamel ont créé Wastack, dont la technologie permet de mieux analyser les flux de déchets sur les sites d’enfouissement afin d’optimiser considérablement le recyclage.

Quand Julien Chosson a créé sa start-up en 2016 avec un ami ingénieur, elle s’appelait Lockbird et concevait un système pour éloigner les oiseaux des sites de transfert et d’enfouissement de déchets. Un jour, un client leur demande : « Si vous êtes capables de détecter les oiseaux sur un site par intelligence artificielle, vous pourriez aussi détecter les matelas… ? » C’est ainsi que les entrepreneurs se lancent à la recherche de ces matières perdues sur les sites de transfert, et développent pendant un an une solution à cet effet. L’objectif : analyser les flux de matières arrivant dans les centres de déchets pour identifier ceux qui peuvent être recyclés et détournés du lieu d’enfouissement.

Des caméras sont ainsi placées stratégiquement dans des stations de transfert, où les camions poubelles vont vider leur matière avant qu’elle ne soit redirigée vers les sites d’enfouissement. « Les gens sur le terrain, les conducteurs des camions, ont plein d’autres choses à faire que d’identifier les matières. Il y a plusieurs véhicules sur place en même temps, ça va vite, etc., et beaucoup de matières qui pourraient être recyclées sont perdues, explique Julien. On s’est rendus compte que toute l’industrie était concernée par cette problématique. »

Via ses caméras, Wastack regarde ce que les camions déversent et analyse ces données. « On caractérise les flux de déchets, résume l’entrepreneur. Aujourd’hui, c’est une information souvent extrapolée, mais nous on a les données, qu’on va rendre exploitables pour avoir de l’impact. » Un rapport est généré à la fin de la journée pour informer le client (stations de transfert et transporteurs) des quantités et sortes de matières qui ont été reçues. « On en laisse passer, bien sûr, mais notre système peut capturer bien plus que ce qu’un humain peut voir, compare l’entrepreneur. On détecte en moyenne cinq fois plus d’objets que quelqu’un qui serait sur le terrain. »

Un des sites d’enfouissement sur lequel sont implantées les caméras de Wastack.

Un des clients de la compagnie perdait en effet beaucoup d’argent en ne détectant pas tous les matelas reçus sur son site de transfert, et devait supporter le surcoût de traitement de la matière. « En résolvant ce problème économique pour le client, on s’est rendus compte qu’il avait des volumes suffisamment intéressants pour surfacturer la matière afin de la recycler, note Julien. On l’aide désormais à générer un chiffre d’affaires supplémentaire de 10 000 à 12 000 $ par mois en moyenne.»

Changer le modèle d’affaires de l’industrie

Au-delà de l’impact économique, Wastack veut promouvoir un changement de modèle d’affaires des déchets aujourd’hui, en invitant l’industrie à arrêter de facturer les déchets à la tonne mais plutôt en fonction du coût nécessaire pour remettre la matière en circulation dans l’économie. Cela permettrait notamment de pouvoir traiter de façon rentable toute la matière qui arrive, et d’éviter que les centres de recyclage ne se retrouvent en faillite parce qu’ils n’ont pas réussi à revendre la matière suffisamment cher pour compenser l’argent investi.

« C’est le pollueur qui va payer, résume Julien. La matière peut au final être redistribuée gratuitement à des usines locales, et au moins elle repart dans l’économie. Ça peut même créer un cercle vertueux : un fournisseur local disposant d’une manne de matière première gratuite, par exemple, aura envie de designer un produit à partir de matière recyclée et sera extrêmement compétitif comparé à celui qui crée avec du nouveau plastique ; aujourd’hui, du plastique recyclé coûte plus cher que du neuf, et c’est une aberration. »

« Dans le futur, Wastack veut rendre son système plus performant afin d’aider les équipes directement sur le terrain à les retirer, indique Julien. On développe aussi des partenariats avec des recycleurs. »

Ajouter la dimension environnementale

C’est via un ami que les entrepreneurs entendent parler de l’Esplanade. Au moment où ils se renseignent, l’organisme est en train de sélectionner des entreprises pour participer à sa super cohorte en action climatique. « Je trouvais cette approche intéressante et j’ai eu envie d’essayer », raconte Julien, qui pose alors la candidature de Wastack. À L’Esplanade, il vient chercher trois éléments. D’abord une meilleure compréhension de l’impact, pour savoir comment le mesurer et l’intégrer de façon systématique dans la stratégie l’entreprise. L’incubateur peut aussi les accompagner dans la mise en place de projets-pilotes dans l’économie locale – les clients actuels de Wastack sont tous américains, « alors qu’on est une compagnie québécoise avec une technologie québécoise… »

Enfin, comme l’entreprise lève des financements, l’exposition et le mentorat de l’Esplanade seront utiles. Le mentor qui accompagne la start-up, Patrick Préfontaine, connaît déjà l’industrie de la gestion des déchets, un vrai plus pour les entrepreneurs : « Le fait d’avoir un mentor qui connaît notre industrie, c’était pas gagné ! Et il est extrêmement présent et investi ».

C’est cet accompagnement par des experts offert par l’Esplanade qui les séduit le plus. « Dans le cadre de la cohorte, on parle avec des gens qui comprennent l’impact et nous accompagnent dans notre vision, pas juste d’un point de vue technologique ou économique, mais aussi environnemental, et ça rajoute une troisième dimension, raconte Julien. Au-delà de la stratégie, les experts nous apportent aussi des introductions d’affaires pertinentes. Et ça change tout : on va pouvoir atteindre des résultats clés qui nous permettront d’aller à la prochaine étape beaucoup plus rapidement… »