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Portraits d'impact - Blaise Transit, le transport en commun à la demande. | Esplanade
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Ben Hudson et Justin Hunt, co-fondateurs de Blaise Transit

Portraits d’impact – Blaise Transit, le transport en commun à la demande.

Face au manque d’optimisation et d’efficacité des transports en commun, Justin et son équipe ont lancé Blaise Transit, une application qui pourrait bien révolutionner l’usage des transports en commun.

Justin a été pendant longtemps un usager insatisfait des services de bus de la Rive-Sud de Montréal: il est souvent seul pendant une partie du parcours, les bus sont toujours en retard, parfois trop pleins, et il faut alors en attendre un autre pendant 15 à 30 minutes. « Ce n’est pas une situation à laquelle je souhaite faire face éternellement, et je comprends pourquoi certains ne veulent pas prendre l’autobus, raconte l’entrepreneur. Du côté des sociétés de transport, l’inefficacité du système entraîne aussi du gaspillage d’argent et a pour effet d’émettre plus de gaz à effet de serre que nécessaire. Je me suis dit qu’il devait y avoir une façon de mieux adapter les services de bus autour des besoins de la population… »  Le concept des autobus publics, avec un trajet et des horaires fixes, a été inventé en 1662 par Blaise Pascal ; « et même si aujourd’hui on a des téléphones intelligents, etc., c’est encore comme ça qu’on gère le transport en commun », note Justin. Sa startup Blaise Transit, créée en 2018 et qui tire justement son nom de l’inventeur français, vise donc à adapter le transport public pour le rendre plus efficace et durable. 

Le jeune diplômé en ingénierie de McGill a lancé son entreprise en sortant de l’université. Il relie l’inefficacité des bus publics au fait qu’ils suivent des routes qui ne changent pas, même si la demande varie pendant la journée. En prenant en compte la destination voulue et le moment de la journée du déplacement, Blaise Transit adapte donc en temps réel les routes et horaires des bus pour optimiser le trajet. L’usager entre ainsi son déplacement environ trente minutes avant le départ souhaité via la plateforme mobile ou web de Blaise Transit, qui crée ensuite de nouvelles lignes de bus éphémères en fonction du trajet voulu. Le service fonctionne avec les arrêts de bus existants et les véhicules des sociétés de transport en commun clientes. Les horaires sont mis à jour en temps réel selon les données de congestion: si le bus est en retard, la plateforme envoie une notification. L’entreprise met aussi à disposition des chauffeurs une application de navigation pour les guider à aller chercher les usagers aux arrêts proches de chez eux. 

« Trouver le meilleur trajet qui satisfasse les itinéraires de tous les usagers en choisissant les meilleurs arrêts est extrêmement difficile », note Justin. Blaise Transit, qui s’appuie sur des méthodologies d’intelligence artificielle, emploie notamment Dr. Samuel Pelletier, doctorant en recherche opérationnelle, et travaille avec plusieurs autres chercheurs de l’Université de Montréal, de la Polytechnique et de l’Université de Calgary. « On ne veut pas augmenter la fréquence du service, mais améliorer sa flexibilité. On veut que les temps annoncés soient les plus précis possible, en réduisant le temps de parcours et en éliminant les détours quand personne n’embarque, explique Justin. Avec ça, on veut augmenter les revenus et l’achalandage des sociétés de transport et améliorer la qualité du service. » Pour une ligne qui compte habituellement huit bus, Blaise Transit a calculé qu’il était possible de servir le même nombre de passagers avec cinq bus seulement. L’objectif de l’entreprise : qu’il n’y ait jamais un autobus vide sur la route.

« Avec la COVID-19, notre marché vient d’exploser »

L’entrepreneur et son associé Ben Hudson ont suivi plusieurs programmes accélérateurs pour lancer Blaise Transit, dont Next36 et Techstars. Puis ils se sont inscrits au programme de L’Esplanade impact8 + Mobis, dédié aux enjeux de mobilité. L’Esplanade cible aussi plus les impacts sociaux et environnementaux, un aspect qui a particulièrement plu à Justin – « notre entreprise n’est pas juste une entreprise de technologie ». Ils ont aussi eu un coup de cœur pour la coach qui leur a été attribuée au sein du parcours, l’ancienne présidente de l’AMT Marieke Tremblay. « C’était un des plus gros atouts du programme de L’Esplanade pour nous. Elle nous a donné des conseils sur le milieu du transport en commun aussi bien que sur la gestion des employés, et elle révisait les propositions qu’on envoyait aux clients, énumère Justin. Je lui envoie encore des messages quand j’ai des questions… »

Puis arrive la COVID-19. Si Justin et son associé ont dû réévaluer leur stratégie pendant l’été alors que leurs appels ne sont pas retournés par les sociétés de transport, trop occupées à gérer la crise, ils se rendent compte que la pandémie a justement amplifié les problèmes que Blaise Transit veut résoudre : l’achalandage du transport en commun au Canada est actuellement réduit de 50%, et les sociétés de transport n’ont pas les moyens de garder des bus vides sur la route. « Nous, on leur permet de maintenir un service avec moins de ressources. Bref, notre marché vient juste d’exploser, affirme Justin. En octobre, tout le monde nous est revenu pour avoir des solutions à la demande. Les sociétés de transport ne peuvent plus retourner à leur ancien modèle de fonctionnement. »

Ben Hudson & Justin Hunt, cofondateurs de Blaise Transit
Ben Hudson & Justin Hunt, cofondateurs de Blaise Transit

Si Blaise Transit a passé les deux dernières années à bâtir sa technologie, l’entreprise est désormais prête à passer à l’action. Le premier déploiement aura justement lieu sur l’île Manitoulin en Ontario, où un réseau de véhicules à la demande pourra être opéré grâce au logiciel de Blaise Transit dès cet hiver. Ce territoire autochtone non cédé, dont la population est  trop peu nombreuse pour y opérer des lignes fixes, représente le client idéal pour la solution de Blaise Transit. «Ils n’ont pas de transport en commun, et certains marchent 45 minutes pour aller travailler. Sinon, tout se fait en voiture, raconte Justin. C’est là qu’on voit que le transport en commun est une vraie opportunité. » Blaise Transit analyse également les réseaux de la STL à Laval et de la STS à Saguenay pour voir dans quelles mesures un service à la demande pourrait être mis en place, notamment pour remplacer certaines lignes fixes hors des heures de pointe. 

Avec ses services, Blaise Transit veut rassembler des données sur les déplacements des usagers ; à l’avenir, au lieu de simplement les regarder en temps réel pour s’ajuster, l’entreprise voudrait commencer à prévoir les déplacements. Un travail qui pourrait peut-être se faire en collaboration avec une autre startup rencontrée à L’Esplanade, dont l’objectif est justement d’analyser les données de déplacements. Le programme Impact8 de L’Esplanade a également permis à Blaise Transit de mieux réfléchir son modèle d’affaires dans le cadre de la pandémie, pour aider les sociétés de transport à sortir de la crise. « Les coachs nous ont aidés à nous repositionner, explique Justin. C’était un soutien vraiment bienvenu ces derniers mois… » Les entrepreneurs se sont par exemple rendus compte que ce qu’ils avaient bâti pour le transport à la demande pourrait aussi être utile pour de la livraison… Bref, le modèle de transport de Blaise Pascal commence enfin à évoluer.