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Mise à l'échelle: Pourquoi et comment valider sa stratégie d’impact
économie circulaire, impact environnemental
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Mise à l’échelle: pourquoi et comment valider sa stratégie d’impact

Passer à l’échelle son entreprise d’impact, une étape critique.
À cette étape-clé, les fondateurs.rices touchent souvent du doigt le moment où ils verront leur entreprise prendre de la vitesse et leur impact social/environnemental grandir de façon significative. Un grand moment! Cette étape est cependant semée d’embûches et beaucoup s’y cassent quelques dents, malgré toute leur détermination à s’attaquer à la problématique sociale ou environnementale pour laquelle ils se sont passionnés. Quels sont les pièges à éviter, les risques à calculer, lors du passage à l’échelle de ses activités?
On vous en parle dans cette nouvelle série d’articles, entièrement dédiée à la mise à l’échelle d’une entreprise d’impact.
Avec l’aide de quelques-uns de nos coach.e.s d’affaires, notre équipe vous a synthétisé ses meilleurs conseils, acquis auprès de plus de 200 entrepreneur.e.s d’impact accompagné.e.s
Pour ce premier volet, on vous parle d’une étape importante, une priorité absolue selon nous: la validation de sa stratégie d’impact.

L’importance de revoir sa stratégie d’impact avant de  lancer sa mise à l’échelle 

Rappelons tout d’abord que la stratégie d’impact consiste pour l’entreprise à définir l’impact social ou environnemental qu’elle tente d’accomplir à court, moyen et long terme mais aussi d’ identifier comment elle compte y arriver et comment elle va en mesurer le succès. On encourage toute entreprise d’impact à la construire dès le démarrage du projet entrepreneurial. Mais la revisiter quelques mois/années plus tard est tout aussi essentiel… On vous explique pourquoi.

À l’Esplanade, on constate très souvent à quel point une stratégie d’impact solide est la pierre angulaire qui permet de renseigner les différents blocs essentiels pour planifier sa mise à l’échelle et s’assurer que les activités déployées par la suite seront alignées avec la mission de départ de l’entreprise.

À ce stade du projet entrepreneurial, lorsque vient le temps de faire des choix stratégiques concernant les marchés, les partenariats, le développement de produits et la stratégie de financement, il est essentiel de prendre un pas de recul et de revenir à son intention de départ. Quelle est la problématique que je tente de résoudre spécifiquement? Quels sont les résultats que j'ai obtenus jusqu'à maintenant? Et comment je peux aller plus loin pour apporter une contribution à la transformation du système dans lequel j’interviens?‘’
Laurentia Perrin, Lead design & gestion des expertises chez Esplanade Québec.

Revisiter en profondeur sa stratégie d’impact avant de passer à échelle son entreprise d’impact aura des répercussions majeures, notamment sur:

La commercialisation:  quelle est l’évolution de mon offre de produits/services pour accroître mon potentiel d’impact? Quelle valeur est-ce que je crée pour mes différents segments de clientèle? Y a-t-il des nouveaux segments à aller chercher ou privilégier?  Comment communiquer sur son potentiel d’impact? Quel narratif pour convaincre ses différentes parties prenantes? 

Le financement de l’entreprise: les indicateurs-clés d’impact, qui seront au cœur de l’évaluation de l’entreprise par les futures parties prenantes financières, devront avoir été réfléchis, priorisés et (partiellement) mesurés en amont d’une éventuelle présentation aux investisseurs pour faire la preuve de son potentiel d’impact

Les partenariats stratégiques: lorsqu’on résout des problématiques sociales et environnementales complexes, le plus essentiel est de pouvoir identifier et nouer des partenariats clés avec des organisations qui sont complémentaires et qui ont des valeurs proches des nôtres, cela permettra d’accélérer la mise à l’échelle de l’organisation (que ce soit au niveau de fournisseurs, de distributeurs, de co-développeurs, des pouvoirs publics, du monde de la recherche, etc.)

En bref, lorsque surgissent les opportunités de financement et de ventes et qu’un potentiel de mise à l’échelle se dessine, il est souvent tentant d’adopter une attitude opportuniste, qui consiste à saisir au vol les opportunités. Cependant, notre constat à l’Esplanade est que, souvent, elle amène à des situations dommageables pour l’entreprise. Une dilution des activités ou encore la création involontaire d’externalités sociales et environnementales négatives mèneront in fine à un éloignement de la raison d’être de départ de l’entreprise. Ce qui finira probablement par nuire à sa crédibilité et à sa viabilité sur le long terme.

« Avant de débuter la mini cohorte avec l’Esplanade, on avait de simples idées sans aucune orientation précise concernant notre mise à l’échelle. Grâce à tout le travail sur notre stratégie d’impact, on a affiné notre approche et on a utilisé nos ressources de la manière la plus efficace possible. On a réalisé que notre stratégie initiale n’était pas aussi efficace qu’elle aurait pu l’être.. Ce travail nous a vraiment permis d’ajuster notre stratégie et nous concentrer sur la création d’un impact durable. »

Ophélia Sarakinis et son associé, co-fondateurs des fermes urbaines  et verticales Vertité, productrices de fraises locales et sans pesticides.

La mise à l’échelle réussie d’une stratégie d’impact: l’exemple de La Transformerie. 

Rien de mieux qu’un exemple à succès pour illustrer nos propos. Parlons de La Transformerie, co-initiée par Guillaume Cantin.

L’entreprise s’est lancée il y a quelques années dans l’idée de s’attaquer au gaspillage alimentaire des épiceries montréalaises. Elle a créé un modèle à succès de récupération des invendus alimentaires en  transformant le tiers des invendus en délicieuses tartinades de fruits qui sont aujourd’hui vendues dans un réseau de 140 points de vente au Québec. Les  2/3 restants des denrées alimentaires récupérées par La Transformerie sont reversées à des organismes en dépannage alimentaire. L’OBNL a sauvé ainsi plus de 155 000 kg d’invendus en quelques années tout en contribuant positivement aux enjeux d’insécurité alimentaire. Après ce premier succès, elle s’est retrouvée en position de faire croître davantage sa production et ses ventes de tartinades, en récupérant encore plus d’invendus disponibles au sein des épiceries. 

Mais s’est alors posée une question essentielle: que devait être le modèle de mise à échelle de La Transformerie? Fallait-il exporter la solution de La Transformerie dans d’autres régions? Fallait-il continuer à s’approvisionner toujours plus des invendus des épiceries, alimentant ainsi en quelque sorte la dynamique du gaspillage ? Ou fallait-il justement repenser ses activités afin de résoudre plus efficacement et directement le problème de départ, à savoir celui du gaspillage alimentaire? 

La Transformerie lutte contre le gaspillage alimentaire
Guillaume Cantin, co-fondateur de La Transformerie.

De ces réflexions a émergé une décision capitale pour l’entreprise: celle de co-créer avec le CERIEC de l’École de technologie supérieure le premier laboratoire sur les systèmes alimentaires au Québec, dont le gaspillage alimentaire est au cœur des problématiques adressées. L’objectif était donc de faire croître l’organisation tout en ayant un impact plus en profondeur et pertinent sur la problématique de départ. Cette démarche de laboratoire vise à regrouper des partenaires et experts du secteur pour ensemble expérimenter et co-créer des solutions. Le tout, en continuant à pratiquer la transformation des invendus d’épicerie dans des volumes raisonnables, c’est-à-dire qui n’encouragent pas activement les pratiques de gaspillage alimentaire par les épiceries. 

Jusque-là, vous nous suivez? Voyons maintenant concrètement quelques étapes nécessaires pour réaliser ce travail de validation de sa stratégie d’impact..

3 étapes pour revisiter sa stratégie d’impact avant de programmer sa mise à l’échelle.

Pour la petite histoire, c’est dans le cadre de la première mini-cohorte en stratégie d’impact, lancée par Esplanade Québec et Rhizome en 2022, que notre équipe a officialisé une démarche structurée spécialement conçue pour les entreprises d’impact matures et en âge de solidifier leur stratégie d’impact. Cette cohorte a consisté à accompagner sur plusieurs mois 4 entreprises du secteur alimentaire dans leurs réflexions stratégiques en vue de leur mise à l’échelle afin de maximiser leur potentiel d’impact social et environnemental:  AquaVerti, La Pimenterie, Vertité et Panier Québécois.

1ère étape: une période d’analyse et de recherche approfondie

La première étape consiste selon nous à faire des recherches pour approfondir ou mettre à jour sa compréhension du secteur dans lequel on agit: comprendre les problèmes et enjeux récurrents liés à la problématique qu’on cherche à résoudre, documenter l’ampleur de ces problèmes, bien connaître les déterminants économiques, sociaux, environnementaux, comportementaux et réglementaires et repérer les zones d’opportunités en lien avec le positionnement de son entreprise. Approfondir la compréhension de sa problématique et de son écosystème permettra de développer un point de référence et solidifier la suite de la démarche.

Avec quels outils ? 

À cette étape, au sein de la mini-cohorte en stratégie d’impact, les entrepreneur.e.s ont été par exemple invité.e.s à:

Cartographier leur problématique de départ: identifier les problématiques auxquelles ils s’attaquent et les solutions potentielles pour entrevoir comment ils peuvent participer à résoudre/répondre à ces problèmes. Un outil-clé à cette étape est l’Impact Gaps Canvas.

Cartographier leur propre chaîne de valeur: réfléchir sur les partenariats potentiels, mettre le doigt sur les étapes cruciales de la chaîne de valeur, identifier tous les acteurs et les ressources qui sont ou qui devraient être impliqués. Il s’agit aussi d’identifier les améliorations à apporter à leur chaîne de valeur actuelle.

Cartographier le système: qu’est-ce qui peut influencer (positivement ou négativement) leur impact dans l’écosystème. Opter pour une vue plutôt macro pour prendre du recul sur leur solution et voir comment ils peuvent s’insérer différemment dans le système toujours dans l’objectif d’avoir plus d’impact. 

2ème étape: identifier et prioriser ses leviers d’impact.

L’analyse approfondie précédente a permis d’identifier les forces et les faiblesses de l’entreprise, les opportunités et les menaces dans l’écosystème. Il s’agit alors de se doter d’objectifs stratégiques qui visent à renforcer les forces, saisir les opportunités et travailler sur ses faiblesses.  Autrement dit, il s’agit de mettre en place les bons leviers d’impact. Ces leviers peuvent consister à développer un nouveau produit/service, développer une stratégie d’approvisionnement responsable, s’intégrer verticalement, collaborer avec d’autres joueurs pour co-créer une approche de distribution, réduire son gaspillage alimentaire, etc. 

À l’Esplanade, c’est au cours d’un premier exercice de type Sounding Board que les entrepreneur.e.s de la mini cohorte ont pu présenter devant des coach.e.s et expert.e.s de leur secteur, les leviers d’impact qu’ils avaient identifiés au cours des ateliers précédents et recueillir des retours des et perspectives différentes sur leur stratégie.

3ème étape: monter un plan d’action.

Après avoir identifié les leviers d’impact, l’ultime tâche consiste à se doter d’un plan d’action. On suggère de le construire en ces quelques étapes:

Construire en premier lieu sa théorie du changement: cet outil permet de définir les objectifs d’impact de l’entreprise à court, moyen et long terme. Elle sert aussi à  identifier les activités de l’entreprise à mettre en place pour les atteindre. Un outil incontournable pour tout entrepreneur d’impact (guide et canevas en ligne sur notre site Web).

Procéder aux choix des indicateurs-clés: ce sont eux qui permettront de suivre la performance des activités de l’entreprise et mesurer le progrès vers l’impact souhaité. Cette étape permet de définir des indicateurs fiables et faciles à collecter pour les entrepreneur.e.s puis formaliser une méthodologie de collecte de ces données et enfin, mettre en place les bons outils ou faire appel à des experts externes pour collecter les indicateurs. Retrouvez en ligne notre outil sur la mesure d’impact.

Rédiger son plan d’action: le plan d’action peut prendre diverses formes mais se doit concrètement d’indiquer: les objectifs visés en termes d’impact les actions à mener pour les atteindre, les indicateurs pour mesurer l’atteinte des objectifs, la méthode de mesure de ces indicateurs, un calendrier de la réalisation de ces activités à venir, les personnes chargées de les mener à bien et plus important encore, les partenaires potentiels pour maximiser l’impact de chacun des objectifs visés.

Voilà qui clot ce qu’on avait à dire sur cette étape qui précède la mise à l’échelle et qui nous semble déterminante dans le succès d’un projet d’impact. Évidemment, on ne saurait que conseiller les entrepreneur.e.s concerné.e.s de se faire accompagner par un accélérateur d’entreprises d’impact. Cela  devrait leur permettre de maximiser leurs chances d’être accompagné.e au mieux, d’obtenir les conseils avisés d’expert.e.s de leur domaine d’activités et de ne louper aucun angle mort important! Sur ce, n’hésitez pas à contacter notre équipe si l’envie vous prend d’en savoir plus sur notre équipe et sur ce qu’on serait en mesure d’accomplir avec vous!

À bon entendeur … 😉