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Portrait d'impact: DocTocToc, rouler à la rencontre des familles dans le besoin | Esplanade
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Portrait d’impact: DocTocToc, rouler à la rencontre des familles dans le besoin

Pour remédier aux problèmes d’accès à la santé que vivent les familles plus vulnérables, DocTocToc propose une clinique qui se déplace dans les quartiers afin d’offrir des soins aux tout-petits.

Au Québec, une famille sur dix déclarait en 2015 ne pas avoir de médecin de famille ou de pédiatre pour ses enfants de 0 à 5 ans. Une problématique qu’a pu constater Rislaine Benkelfat lorsqu’elle travaillait à l’urgence pédiatrique du CHU Saint-Justine, à Montréal. « Beaucoup de familles avaient du mal à accéder aux services de santé. Comme c’est au patient de demander les services, il faut être assez autonome et à l’aise pour naviguer dans le système, souligne la pédiatre. L’accès est donc plus difficile pour les familles vulnérables, qui ont plus de barrières. » Il peut s’agir de barrières physiques (habiter dans un désert médical, ne pas être motorisé), de barrières sociales (processus de prise ren dez-vous difficile, manque de confiance, réticence à consulter de nouveau si l’expérience n’est pas positive) ou encore de barrières économiques (devoir rater le travail pour aller consulter). Résultat : l’état de santé des familles vulnérables est moins bon.

Devant ces constats, Rislaine cherche un moyen de venir en aide à ces familles, et s’inscrit au programme du MBA de HEC Montréal. « Pour favoriser l’équité en santé, on doit travailler avec des méthodes plus axées sur ces familles. J’ai donc réfléchi à des approches différentes du système traditionnel, raconte la pédiatre. J’avais envie d’appliquer des principes de business et d’entrepreneuriat en santé. » Elle dessine alors les contours d’un projet de clinique pédiatrique mobile, dont la mission est d’offrir des soins médicaux et psychosociaux à ceux qui ont difficilement accès aux services de santé. Ce modèle, qui permet d’aller au devant des familles grâce à un véhicule, est assez répandu aux États-Unis, où plus de 2 000 cliniques mobiles sont répertoriées. L’efficacité de cette approche de proximité pour rejoindre les familles vulnérables a notamment été validée par l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS). 

S’appuyer sur les organisations locales

Rislaine et son associé Jean-Philippe Couture, un actuaire de formation devenu analyste financier pour un OBNL, ont cependant du mal à embarquer les instances institutionnelles et gouvernementales dans leur projet. « Ils n’arrivaient pas à nous distinguer de ce qui existait déjà, comme la Fondation du Docteur Julien, et comprenaient mal ce que la mobilité apportait au projet. Notre angle était trop large… » Au printemps 2019, DocTocToc s’inscrit alors au programme Collision en santé de L’Esplanade et travaille avec David Santelli, le directeur de l’accompagnement de l’organisme. « Il nous a amenés à formuler notre cible : les enfants de 0 à 5 ans vulnérables et en milieu urbain. C’est cet élément qui a fait en sorte qu’on a été écoutés, indique la médecin. On a pu mieux décrire notre clientèle, avec des persona et des histoires autour des patients. On a su montrer aux instances quel était notre avantage compétitif et comment on se distinguait de ce qui existait.» L’équipe refait son identité corporative et revient avec une image plus forte.

DocTocToc récolte des dons et met sur pied une clinique pop-up dans Montréal-Nord, à l’été 2020. Le projet-pilote est réalisé en collaboration avec le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et l’organisme Parole d’excluEs. « L’approche repose beaucoup sur les partenariats avec les organisations locales : les instances de santé, mais aussi les organismes communautaires et les intervenants du quartier, qui font le lien avec les populations, explique Rislaine. Ça nous aide à obtenir la confiance des gens dans un quartier où personne ne nous connaît. » DocTocToc investit un local du CIUSSS et dresse des tentes à l’extérieur : les familles sont accueillies par un infirmier pour une première évaluation et des vaccins, puis elles rencontrent des pédiatres et, au besoin, des travailleurs sociaux. 

Au total, la clinique a reçu 121 enfants (l’objectif initial était de 75) et 64% d’entre eux ont été dépisté pour diverses problématiques de santé (pour un objectif de 25%). Suite au succès de la clinique pop-up, l’entreprise décroche un financement pour acheter son véhicule et enfin prendre la route. D’ici là, les associés peaufinent le projet. Il faudra notamment travailler avec un « navigateur », à savoir une personne qui fera le lien avec la communauté sur place. Bref, Montréal aura enfin sa clinique mobile pédiatrique ; et le besoin est plus que jamais là. « Depuis le début de la pandémie, on a pris plus conscience des différences d’accès à la santé, qui se sont encore marquées. On se rend compte qu’il faut trouver des approches différentes et innovantes pour les populations plus vulnérables, conclut Rislaine. L’urgence d’agir se fait sentir… »